Pour une retraite "équitable, durable et soutenable"
François Bayrou 2007
François Bayrou a tenu une conférence de presse sur la question des retraités et des personnes âgées. Il a exposé son projet d’une nouvelle société qui refuse la fracture entre les générations et qui choisit de recréer du lien entre elles. François Bayrou propose une réforme des retraites "équitable, durable et soutenable" et de porter les "petites retraites" à 90% du Smic en cinq ans. Le candidat à l’élection présidentielle propose également une politique de prévention de la solitude et de la dépendance.
"Le plus grand danger, c’est la négligence des citoyens". Cette phrase de Pierre Mendès France citée par François Bayrou, illustre la menace de conflit de générations qui existe si nous ne faisons rien pour les retraités et les personnes âgées. C’est, à ses yeux, le grand sujet de société qui va marquer le XXIe siècle et qui va affecter l’équilibre traditionnel de la France. Cette question fait d’ailleurs partie du « ministère de la nouvelle société » que François Bayrou veut mettre en place pour traiter toutes les évolutions de la société – la place des femmes, des jeunes, des associations, d’Internet. Son projet répond à deux enjeux : quel modèle de société voulons-nous ? Quel est le mode de gouvernement pour cette nouvelle société ? François Bayrou a fait remarquer en introduction que les pouvoirs publics avaient ignoré les changements et les déséquilibres liés à l’allongement de la durée de la vie. Entre 2000 et 2020, la part des plus de 65 ans va augmenter de 50% passant de 10 à 15 millions de personnes et le coût de la dépendance va passer de 0,94% à plus de 1,5% du PIB entre 2005 et 2020. Il a également fait remarquer que cette question des retraités et des personnes âgées était absente de la campagne électorale. Et pourtant, nous courons le risque soit d’un effondrement du niveau de vie des actifs compte tenu de la charge croissante des retraites ; soit d’un effondrement du niveau de vie des retraités.
François Bayrou estime qu’il y a urgence à refondre nos régimes de retraites. Le candidat à l’élection présidentielle en a exposé les principes : la réforme doit prendre en compte toutes les retraites (y compris les régimes spéciaux) et la pénibilité du travail. Les citoyens doivent être assurés qu’il y aura une égalité de traitement des Français devant la retraite. Cette réforme doit nous conduire à un régime équilibré. François Bayrou propose pour y parvenir d’instaurer une retraite par points – le montant augmente avec le temps de cotisation : ainsi, chacun pourra choisir l’âge de son départ à la retraite en fonction du niveau de sa pension. Le candidat à l’élection présidentielle a fait plusieurs remarques : pour que les personnes puissent choisir de travailler plus longtemps, il faut qu’on leur en laisse la possibilité. Or en France, la moitié des salariés qui prennent leur retraite ont déjà perdu leur travail. Les plus de 60 ans ont le taux d’activité le plus faible de tous les pays développés – 7% pour les hommes et 4% pour les femmes. C’est pourquoi François Bayrou veut inciter les entreprises à garder les plus de 50 ans : "Le président de la République doit assumer cette mission de prise de conscience démocratique" a déclaré le candidat. Deuxième remarque : une fois la réforme des retraites votée, il considère que la gestion du système ne doit plus être l’affaire de l’Etat mais des partenaires sociaux. La question relève selon lui, de la démocratie sociale et non de la démocratie politique. Troisième remarque, l’équilibre de nos régimes de retraite dépend également de notre politique démographique. François Bayrou propose une politique de soutien à la naissance : cela suppose de penser à la garde d’enfant, au retour des femmes dans l’emploi et à la défense de leur carrière professionnelle. François Bayrou a également abordé la question spécifique des "petites retraites" et du minimum vieillesse. Il a pris l’engagement de porter ces retraites à 90% du Smic en cinq ans. Cette dépense nouvelle, budgétée dans son programme, est "destinée à ceux qui ne peuvent pas se défendre et qui ne forment pas de lobbies". Les personnes concernées pourront ainsi passer d’une "vie de précarité" à une "vie de dignité et d’équilibre".
François Bayrou a expliqué comment il comptait mettre en œuvre cette refonte des retraites. Il s’agira d’"une réforme pour les Français et par les Français" a prévenu le candidat, "ce n’est pas une affaire d’experts mais de citoyens". Cette réforme sera d’abord discutée avec les partenaires sociaux et les représentants des retraités. Il s’adressera également aux organismes publics et privés de retraite et il associera le Conseil économique et social. Ensuite, la réforme sera votée par le Parlement. Enfin, François Bayrou veut qu’elle soit soumise à référendum. Le candidat à l’élection présidentielle a expliqué pourquoi la consultation des Français était si importante à ses yeux : "Je veux changer le rapport entre le pouvoir et les Français". Il souhaite passer d’"une société de défiance et du soupçon" à "une société de confiance" : "Les Français doivent avoir la certitude d’avoir l’information maximale sur le sujet et qu’ils auront leur mot à dire". Le candidat considère le peuple français comme "un grand peuple", "un peuple adulte" : "Il ne faut pas tromper les citoyens, il faut leur dire tout". Il ne s’agit donc plus de fonctionner sur le mode de la promesse mais sur le mode de la cohérence d’un projet porté par une vision. Les promesses non tenues ont conduit, selon lui, à cette défiance du peuple français et expliquent pourquoi les Français ont tendance à bloquer toute réforme.
François Bayrou a consacré un chapitre de sa conférence de presse au rapport entre la société et les personnes âgées. Il veut notamment promouvoir une meilleure reconnaissance de l’apport des retraités à la société : « Nous avons besoin de cadres qui auront la responsabilité du lien social dans un pays où il faudra le reconstruire ». François Bayrou pense notamment aux jeunes retraités qui pourraient encadrer les personnes allocataires des minima sociaux qui auront une activité au service d’associations et de collectivités locales. Dans la nouvelle société que François Bayrou veut mettre en place, il ne s’agit plus seulement de recevoir mais aussi de donner. C’est le sens du slogan de sa campagne « La France de toutes nos forces ». François Bayrou propose également de mettre en place une politique de prévention de la solitude et de la dépendance. La politique du tout maison de retraite ne répond plus à la demande : 87% des personnes âgées veulent rester le plus longtemps possible chez elles. Ce qui suppose qu’elles restent le moins longtemps seules. François Bayrou a ainsi défendu la mixité sociale et générationnelle. Il s’agit de faire vivre sur le même palier, une famille nombreuse et des personnes âgées : cela permettrait de développer des liens et un échange de services - garde d’enfants, course… Cela implique, selon lui, de repenser notre politique de logement et d’urbanisme car "si chacun reste dans son ghetto, le lien social est mort". François Bayrou a également estimé que nous avons besoin d’une grande politique de prévention de la dépendance en matière de santé : il propose ainsi la mise en place d’un contrat "prévention dépendance" qui serait signé entre le patient et son médecin traitant avec le partenariat de l’assurance maladie. Cela implique, selon lui, de changer l’offre de soins, de garantir le libre choix et de sortir du recours aux urgences. Il veut ainsi favoriser les hébergements temporaires - l’accueil de jour et l’accueil de nuit - qui n’existent pas actuellement. Il a fait valoir que des structures proches des dispensaires coûteraient moins cher que les grosses structures médicales. Il souhaite également renforcer l’offre de soins à domicile et créer des maisons médicales, en particulier dans les zones rurales, afin de mutualiser les moyens. Cette politique s’inscrirait dans une nouvelle gouvernance médicale : François Bayrou est favorables à une régionalisation de notre politique de santé où les professionnels de santé, les patients et les élus pourraient s’exprimer. Enfin, il faudra aider les familles qui ont à leur charge une personne dépendante notamment en incitant des personnes encore jeunes à souscrire à un contrat d’assurance perte d’autonomie.
François Bayrou était à Saint-Etienne, le 26 mars 2007, devant plus de 4000 personnes. Il a livré sa vision de la Nation et du patriotisme, soulignant que les difficultés que rencontrent notre pays touchent plus au chômage, à la précarité, à l'exigence écologique qu'à notre identité nationale. Cette soirée était notamment marquée par la présence du Ministre de la promotion de l’égalité des chances, Azouz Begag, qui a présenté les raisons de son soutien à François Bayrou.
Azouz BEGAG. – « Merci, François, merci, Mesdames et Messieurs, pour cet accueil qui est à la mesure des espoirs que la France porte sur toi, François. J'ai aussi toujours rêvé de sortir de la tyrannie de ce clivage gauche/droite. J'ai toujours pensé aussi qu'il y avait des possibilités pour les hommes de bonne volonté de France de pouvoir faire converger leur engagement pour la France quelle que soit leur idéologie, quelle que soit leur appartenance à un appareil. J'ai toujours pensé aussi, Mesdames et Messieurs, que, suivant en cela le général de Gaulle, une élection présidentielle, c'était la rencontre entre un homme et un peuple. J'ai une drôle de sensation, depuis quelques semaines, que cette rencontre est en train de s'opérer sous nos yeux. (…) J'ai toujours considéré que la démocratie, cela commence à trois et non à deux. A partir du moment où l'on offre la possibilité aux Français d'avoir trois candidats, alors, on démultiplie l'offre politique et on leur offre un choix à la mesure de leur diversité. »
François BAYROU. – « La manière dont Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sont partis dans une surenchère, dans un dérapage imprévu, pour ne pas dire incontrôlé, autour des thèmes de l'identité nationale, pour l'un, du drapeau et de son utilisation, pour l'autre, cette manière de rendre l'identité de notre nation, non pas affectueuse comme elle devrait l'être, mais obsessionnelle, bizarre, ne répond pas aux attentes profondes du pays. Je témoigne que je n'ai jamais de ma vie rencontré quelqu'un qui me dise que son problème ou son souci était, aujourd'hui, la nation et le drapeau. Nous sommes une nation debout, nous sommes une nation fière d'elle-même. Nous sommes une nation équilibrée. Nous aimons l'équilibre de la France et ses valeurs, ses valeurs républicaines. Nous aimons que ses valeurs républicaines soient des valeurs qui nous rassemblent et pas des valeurs qui nous opposent. Nous ne mettons pas la nation dans les signes extérieurs qui sont ceux de la nation. Nous ne confondons pas l'affection pour la nation et l'obsession de l'identité nationale. Chaque fois que, dans un pays, on a posé de cette manière obsédante, les questions d'identité, les questions de l'exaltation des drapeaux et des manifestations patriotiques, chaque fois, c'est que le pays allait mal et cela n'a jamais été des moments heureux de notre histoire. Moi, je n'ai pas de problème avec la nation. Je suis bien dans la France. Je suis bien dans la France qui est équilibrée, heureuse et qui reçoit l'affection de ceux qui y participent et qui la forment.
Je demande que l'on s'intéresse, non pas à cette obsession des signes d'identité de la France, mais à ce qui empêche, aujourd'hui, la France d'être heureuse, c'est-à-dire au chômage, à l'échec des systèmes éducatifs, à la difficulté de notre économie, au problème des fins de mois, au malaise des Français et non pas au malaise de la France, car la France se portera bien dès l'instant où l'on aura répondu au problème des familles et des citoyens français dans leur vie de tous les jours. »
Un drapeau français par foyer ? L'UDF Sciences Po fait mieux ! Ce sont les 27 drapeaux de l'Union Européenne que nous affichons en péniche, avec enthousiasme et conviction. L'initiative a manifestement plu : ce lundi 26 mars, ce sont deux illustres européens qui se sont succédés à notre table :
Jean-Louis Bourlanges, professeur à l'IEP, député européen UDF, et membre de l'équipe de campagne de François Bayrou.
Et Valéry Giscard d'Estaing, ancien Président de la République, Fondateur et Président de l'UDF (1988-1995) et ancien Président de la Convention Européenne.
Une visite en toute amitié, et non partisane : membre du Conseil Constitutionnel, M. Giscard d'Estaing s'est naturellement abstenu de tout commentaire et de toute prise de position relative à la campagne présidentielle.

"Bayrou en baisse", "le déclin se poursuit", etc... A en croire certains faiseurs d'opinions, le mirage centriste s'est évanoui comme il était apparu, en quelques jours. François Bayrou cesse de gagner 2 points par semaine, et le voilà aussitôt donné pour has been. Pourtant, le candidat de l'UDF évolue toujours autour des 20%, niveau jamais atteint par le centre et qui peut parfaitement le qualifier pour le second tour. Il n'y a rien là que de très réjouissant. Plutôt que de spéculer sur ces 1 ou 2 points que le candidat perd dans tel ou tel sondage (ceux-là même qui le plaçaient excessivement haut, à égalité avec S.Royal), regardons et étonnons nous de la stabilité des intententions de vote Bayrou, alors même que le PS comme l'UMP font flèche de tout bois à l'encontre de l'UDF.
D'un côté l'attaque frontale des socialistes - la logique de "blocs" est très en vogue, rue de Solférino; de l'autre le baiser de Judas de Sarkozy, déclarant mielleusement que Bayrou "est un ami". Dans ces conditions, on pouvait s'attendre à une chute en flèche des estimations sondagières. Il n'en a rien été. Le seul résultat de ce travail de sape acharné aura été de mettre un terme à l'extraordinaire envolée de l'UDF, et non de l'annuler. François Bayrou n'est pas Chevènement.
Car le mal est fait, si l'on peut dire; François Bayrou est désormais pris au sérieux - que l'on jette un oeil aux unes et aux dossiers des principaux médias (France 2, l'Express, etc.) qui paraissent avoir (enfin) abandonné la logique du Duo Royal-Sarkozy. Le programme centriste y est présenté à la même enseigne que celui du PS et de l'UMP. Ainsi le duopole des deux grands a, de fait, pris fin. Les résultats du premier tour s'en ressentiront.
Et en cas de qualification, que l'on ne vienne pas nous dire que François Bayrou "sera de droite contre une femme, ou de gauche contre un homme". Voilà une phrase propre à faire glousser une salle surchauffée... mais si absurde en vérité. Au second tour, François Bayrou représentera le Centre, point. Certes, il bénéficiera dans un cas du report des voix de droite, dans l'autre de l'appui de l'électorat de gauche. Est-ce que cela altérera pour autant les positions de M.Bayrou ? Va t'il se saisir du programme du PS ou de l'UMP pour contrer l'un ou l'autre ? L'UDF s'est dotée d'un projet, et ne compte pas l'abdiquer entre les deux tours. Ce projet, c'est celui de la Social-démocratie, délaissée par une UMP fourvoyée dans les thèmes (et le vocabulaire) frontistes, et un PS écartelé entre réformistes et conservateurs obstinés.
Xavier
Le cinquantième anniversaire du Traité de Rome que nous fêtons en ce moment se déroule dans un climat? peu festif justement : tout semble dire « L'Europe est en panne ! ». À qui la faute ? Aux Français et aux Néerlandais qui ont rejeté le Traité établissant une Constitution pour l'Europe ? La solution française devra venir du nouveau Président de la République. Voyons pourquoi un nouveau référendum, comme le propose François Bayrou, est nécessaire.
Une seule solution : le référendum !
Partons d'un constat simple : la Constitution européenne a été refusée par le peuple des citoyens, lors du référendum du 29 mai 2005. Les Français ont dit non à environ 55%. Dès lors, il n'est pas question de faire adopter la Constitution en l'état, que ce soit par voie parlementaire (ce serait un moyen de contourner la décision du peuple) ou par voie référendaire (ce serait ne pas respecter le peuple que de lui soumettre un texte qu'il a déjà rejeté). D'ailleurs, aucun des candidats à l'élection présidentielle ne propose de réutiliser ce texte. Globalement, tout le monde veut un texte simplifié fondé essentiellement sur les valeurs de l'Europe et ses institutions. La pomme de discorde, c'est le mode d'adoption de ce traité simplifié : par le Parlement ou par référendum ?
La Chancelière allemande Angela Merkel qui assure actuellement la présidence de l'UE s'est déclarée favorable à une ratification d'un nouveau traité par le Parlement français. En effet, cette dernière avance l'idée qu'un nouveau référendum serait trop risqué : le premier rejet français, en 2005, a paralysé l'Europe ; un deuxième rejet serait fatal puisqu'il anéantirait l'Europe unie. Dès lors, la priorité est à l'efficacité. Il faut relancer l'UE coûte que coûte. Quitte à négliger le peuple des citoyens? Il est vrai que le Traité de Rome, extrêmement engageant en termes de supranationalité, avait été adopté, en 1957, par le Parlement français. Mais il faut dire qu'il était une réponse à une crise de l'Europe causée par la France, encore une fois, plus précisément par son Parlement qui rejeta en 1954 le Traité instaurant une Communauté Européenne de Défense. Comme le dit Jean-Louis Bourlanges (voir BaC #3) : « à crise parlementaire, réponse parlementaire ! ». Mais que l'on ne s'y trompe pas ! Cette fois-ci, il n'y a aucune raison de penser qu'une telle mesure relancerait l'UE comme si rien ne s'était passé ! Il pourrait s'agir, tout au plus, d'un simple palliatif, d'un vulgaire moyen de repousser le moment où le peuple, qui désormais veut être directement impliqué dans la construction européenne, aura à se prononcer à nouveau sur l'UE. Cette prochaine échéance se nomme : les élections européennes de 2009. Un passage en force du nouveau traité par le Parlement et non par le peuple risquerait fort d'alimenter le flot des critiques souverainistes et antilibérales. Dès lors, la sanction du peuple français serait repoussée au moment où on découvrirait avec stupeur que les Françaises et les Français, excédés de cette Europe qui se fait sans eux, auront préféré répondre aux sirènes de candidats à l'euro-députation de type Philippe de Villiers et autres Jean-Pierre Chevènement, selon que l'on préfère le souverainisme de droite ou le souverainisme de gauche. Cela, c'est plus qu'un risque : c'est la possibilité d'un vrai échec pour l'Europe. Car si les Français ont rejeté la Constitution européenne, ce n'était pas nécessairement par euroscepticisme mais pour moult raisons souvent évoquées : manque de lisibilité du texte, impopularité du Gouvernement Raffarin, refus de la partie du Traité ayant trait à l'économie libérale? Si les Françaises et les Français décidaient en 2009 de faire confiance à de vrais eurosceptiques aux élections européennes, là, il y aurait lieu de s'inquiéter. Dès lors, comment croire que la ratification de la Constitution par le Parlement permettrait à l'UE d'être efficace ?
Pour ne pas en arriver à un tel échec, François Bayrou propose de faire confiance au peuple des citoyens. Il est nécessaire que les Françaises et les Français se sentent plus impliqués dans la construction européenne. Partant, il est impossible de faire autrement que de les interroger directement sur le nouveau traité qui aura été préalablement négocié par les Vingt-Sept. C'est le peuple des citoyens qui a dit NON, c'est à lui de décider, de sorte que l'on n'agisse pas dans son dos ! Alors oui, le risque d'un nouveau NON existe. Mais ce serait un NON démocratique, donc respectable. Cependant, ce NON, il est possible de l'éviter. Comment ? En faisant oeuvre de pédagogie. Un Européen convaincu comme François Bayrou est taillé sur mesure dans le rôle du pédagogue pro-Europe ! En proposant au peuple de voter à nouveau, il agira dans le sens du OUI, c'est une évidence. Et c'est ainsi que devront agir tous les partisans de l'Europe qui auront pu négocier le nouveau traité. Rien ne sera imposé sans quoi le processus de démocratisation de l'Europe unie ne serait qu'un leurre. Pour bien se convaincre qu'il n'est pas possible de faire autrement que de passer par la voie référendaire, tentons d'imaginer un État démocratique dont la Constitution ne serait pas ratifiée directement par le peuple des citoyens ! L'UE, ce n'est pas une démocratie particulière. Elle ne mérite pas de traitement de faveur : pour qu'une Constitution soit adoptée, il faut que le peuple souverain ait donné son accord. Sans quoi, ladite Constitution n'aurait aucune légitimité. Et sans Constitution légitime, il n'est point de démocratie.
Au nom de l'efficacité, on nous demanderait de nous taire sur un choix qui nous engagerait pour longtemps ! Résistons ! Il n'est pas question de faire un choix entre démocratie et efficacité. Cela n'est absolument pas négociable. Accepterions-nous de ne plus choisir notre Président de la République car des dirigeants bien intentionnés nous en imposeraient un qui serait capable de rendre la République efficace ? Nous ne pouvons plus tolérer que l'Europe se fasse loin de nous. Car nous avons conscience que nous avons besoin de l'Europe pour exister : l'Europe, c'est la paix ! Qui eût pu croire dans les années 1950 que la guerre ne secouerait plus le Vieux Contient tant de fois déchiré puis rabiboché à la va-vite ? L'Europe, c'est la prospérité. Peut-être la vie paraît-elle chère pour certains. Mais sans l'Europe et la capacité de son euro à digérer les risques d'inflation, ce serait pire ! Assurément nous avons besoin d'Europe. Mais l'Europe aussi a besoin de nous. Sans un peuple consentant, il n'est pas d'Europe possible, le 29 mai 2005 l'a confirmé ! Dès lors, la réponse française à la crise européenne sera populaire, c'est-à-dire par référendum, ou ne sera pas ! Entre démocratie et efficacité, nous avons, en bons centristes, fait le même choix que François Bayrou : et l'un, et l'autre !
Nicolas VINCI
Cette rencontre a été l’occasion pour Bayrou de se démarquer de la politique de Sarkozy envers les banlieue. Les propos de Nicolas Sarkozy, notamment le terme "racaille" utilisé pour désigner les délinquants, ont "marqué profondément" les habitants des cités "parce qu'ils se sont sentis visés", a dit François Bayrou, qui s'est rendu plusieurs fois en banlieue parisienne durant sa campagne. "Les mots sont des armes. Un président de la République, ça doit être juste dans ses mots", a-t-il souligné. "La France ne pourra pas aller bien si (la banlieue) ne va pas mieux", a-t-il ajouté.
A l'approche des élections, Skyrock a lancé une campagne, "Bouge ton vote", pour inciter les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales. Difool et son équipe ont reçu Srakozy, Bayrou et Ségolène la semaine dernière.
François Bayrou a ensuite présenté ses propositions pour une amélioration du sort des banlieues. Il a plaidé pour un retour dans les quartiers des services publics, "pas seulement sécuritaires". Les banlieues, c’est l’immense échec français. Comment peut-on laisser se "durcir" des zones de non-droit et de désespérance ? Alors que l’État est omniprésent là où tout va bien (dans le centre de Paris, quelle profusion d’uniformes et de gyrophares !), il a complètement disparu des endroits où cela va mal : dans les banlieues sensibles comme dans les zones rurales en difficulté. Alors l'Etat semble y arriver de l'extérieur, en position d'intrusion ou de contrôle. Et il y intervient pour réprimer, la situation tourne à l'affrontement. Tout le monde a peur : en lisant les articles sur les agressions des Tarterêts, on a appris que les policiers avaient pour consigne de ne pas entrer dans la cité et de se contenter de patrouiller autour !
Aussi, il s’agit en tout premier lieu de réimplanter l'Etat au coeur de ces quartiers, pour y incarner la sécurité et le service public. Pas seulement la police de proximité, mais l'Etat de proximité. Pas seulement l'Etat répressif, aussi l'Etat qui protège et qui aide.
François Bayrou propose qu'il y ait désormais un sous-préfet qui représente l'État dans chacun de ces quartiers publique.
L'ancien ministre de l'Education nationale a réitéré son souhait de donner priorité à l'école et proposé de mettre des "aides surveillants" supplémentaires dans les cours de récréation, mais pas en classe, comme l'avait proposé la candidate socialiste Ségolène Royal. Il faut ramener le calme dans les collèges et lycées: en sortir les jeunes qui déstabilisent leur classe ou leur établissement, en créant des structures scolaires de recours ; et introduire des parcours d’excellence, des classes de réussite, précisément dans ces quartiers dit sensibles. Proposer dans ces quartiers-là les mêmes options qu’ailleurs, et faire en sorte qu’y enseignent les meilleurs de nos maîtres. Il faut prouver que la réussite est possible partout.
Concernant l'usage de cannabis, François Bayrou s'est prononcé, comme Nicolas Sarkozy, contre la dépénalisation tout en jugeant inadaptée la loi actuelle - qui punit l'usage du cannabis d'une peine de prison et de 3.000 euros d'amende. Si je suis élu président de la République, j'aimerais qu'on se réunisse pour faire de la prévention efficace", a-t-il dit.
Interrogé sur l’identité nationale, a souligné la vertu unificatrice de cette identité nationale : « l’indendité national, c'est ce qui nous rassemble et pas ce qui nous sépare", condamnant implicitement les accents nationalistes (et presque lepènistes) des candidats Sarkozy et Royal.
Retrouvez l’interview de Bayrou sur http://www.skyrock.com/actus/8634-Presidentielle.html
Et visitez son skyblog sur http://bayrou-2007.skyblog.com/
« Il n'y aura plus de Parlement aux ordres du gouvernement»
Interview de François Bayrou, président de l’UDF.
Si vous étiez élu le 6 mai, quelles seraient vos premières actions ?
Une fois élu, la première décision qui s'impose, c'est la constitution d'un gouvernement qui montrera qu'on peut concrètement faire travailler ensemble des gens de gauche et des gens de droite. Afin qu'enfin, la social-démocratie apparaisse en France.
Vous avez évoqué la constitution d’un gouvernement composé des meilleurs des deux camps ?
Je n'ai jamais employé ce terme. J'ai dit que le critère serait la compétence et l'expérience au lieu des dosages d'étiquettes. Il s'agit d'associer des hommes, des femmes de gauche, de droite et du centre autour du même projet. C'est un changement profond du paysage politique et de la manière de penser la responsabilité politique. Les rapports entre le gouvernement et le Parlement vont changer, il n'y aura plus de Parlement aux ordres du gouvernement.
Avez-vous identifié les cinq personnes clés de votre gouvernement ?
Je les ai en tête. Si vous saviez le nombre de messages que je reçois de gens disant : « Naturellement si tu arrives à remporter la présidentielle, j'en serais. » Seulement, ils ne peuvent se prononcer publiquement car tout est verrouillé par les appareils. Ils s'exprimeront entre les deux tours, ce sera le moment de vérité.
C’est à ce moment-là que vous allez annoncer le nom de votre Premier ministre ?
Non, il faut respecter l'élection présidentielle. On élit le président de la République, on n'élit pas le gouvernement ou des ministres. Ce que j'ai entrepris de faire, cela n'a pas été fait depuis cinquante ans. Il ne faut pas seulement changer le locataire de l'Elysée, il faut changer le logiciel, c'est long. Je ne minimise en rien la difficulté. D'une certaine manière, les Français ont changé plus vite à cet égard que les gouvernants. Plusieurs sondages montrent qu'aux deux tiers, les Français veulent un gouvernement d'union nationale et qu'aux deux tiers, ils ne font plus confiance à la gauche et à la droite. Il reste donc 35 % à la gauche et à la droite, vous divisez par deux, vous enlevez les extrêmes, qu'est-ce qu'il reste ?
Une fois un gouvernement constitué, quelles seraient les premières mesures que vous prendriez?
Premièrement, il y a un gros coup de booster à donner sur l'emploi, car il n'y a pas de politique sociale ni de politique pour les jeunes sans emploi. Chaque entreprise doit, quelle que soit sa taille, pouvoir embaucher deux personnes sans avoir à payer d'autre charge pendant cinq ans que 10 % pour les retraites. Cela peut créer des centaines de milliers d'emplois la première année. Il y a ensuite besoin de lancer une grande politique de lutte contre l'exclusion. Nous devons donner à chaque personne touchant le RMI la possibilité d'avoir une activité encadrée par une association ou une collectivité locale, ce qui lui permettra d'améliorer ses fins de mois et de retrouver une meilleure place dans la collectivité. Il y a tellement besoin de bonnes volontés pour encadrer des associations sportives, pour s'occuper des enfants dans les écoles...
Votre proposition est-elle comparable à celle de Nicolas Sarkozy, qui clame « pas de revenu minimum sans contrepartie» ?
Il ne faut pas la présenter comme une punition. C'est une idée que je formule depuis 2002 et que nous avons proposée au gouvernement en vain. Autre mesure nécessaire dès le début du quinquennat : je veux discuter avec l'Education nationale sur les objectifs de résultats qu'elle peut se fixer pour arriver à l'illettrisme zéro en cinq ans. Dans la mondialisation, un pays comme le nôtre n'a qu'un seul atout : avoir les jeunes les mieux formés de la planète. Nous avons un des meilleurs systèmes d'éducation du monde, seulement il laisse au bord de la route 20 % des élèves.
Ce système produit aussi des chercheurs qui ne trouvent pas d’emploi…
Selon l'OCDE, le coût moyen d'un étudiant en Europe est de 9 000 euros par an, nous sommes dans la moyenne. Mais il y a des disparités : un élève des grandes écoles coûte deux fois plus cher qu'un étudiant de la fac de Villetaneuse. Au classement des universités mondiales, nous n'avons plus d'établissements au meilleur niveau, cela ne peut plus durer. Je mettrai cette question sur la table. Cependant, dans l'éducation, les plans ne s'imposent pas. Pour chacune des mesures d'urgence que je viens d'évoquer, les conséquences pour l'environnement et le climat seront prises en compte.
Quelle serait votre méthode de réforme ? Une vaste série de Grenelle participatifs ?
L'exact contraire de celles qu'ont essayé de suivre les gouvernements précédents, qui ont échoué au bout du chemin. Les trois premiers mois ne doivent pas servir à imposer aux Français des réformes dont ils ne veulent pas. Les cent premiers jours doivent constituer le cadre du changement dans lequel la société sera engagée. Il faut faire cela ensemble en prenant le temps nécessaire. Alors, les Français ne seront pas en position de réticence. Ils doivent savoir qu'ils auront leur mot à dire, qu'ils sont pris comme des citoyens et non des sujets. Croyez-vous que les universitaires soient heureux de la façon dont fonctionnent les universités en ce moment ? Il doit y avoir dans ces discussions de la coresponsabilité, en engageant un dialogue avec les partenaires sociaux.
Vous niez la notion de programme, où l’on choisit un président en fonction de ses intentions. Vous dites que vous allez discuter avec les Français des réformes...
Je dis quelles sont les orientations de mon programme. Je dis : « Voilà ce que je ferai pour les heures supplémentaires, je porterai leur majoration à 35 % sans que celle-ci représente une charge supplémentaire sur le coût du travail, car je la déduis des charges sociales ».C'est pour cela que j'ajoute dans mon programme une incitation forte à l'intéressement des salariés aux résultats des entreprises. Cela sera probablement sous la forme d'un avantage fiscal pour les entreprises.
Beaucoup de gens n’ont pas accès à des logements ou des emplois dignes à cause de leur nom ou du lieu où ils habitent. Que comptez-vous faire ?
Il faut conduire une politique sérieuse pour les banlieues. Je veux garantir dans chaque quartier sensible un retour de l'Etat. Un coordinateur des actions de l'Etat sera présent par quartier, pour les questions de sécurité mais aussi pour les services publics. Ce sera une sorte de sous-préfet avec obligation de résidence sur place. Dans ces quartiers, l'Etat a disparu, il n'y a plus que les associations. L'Etat, ce n'est pas le service des puissants, mais la protection des plus faibles. Il ne doit pas être concentré dans les 6e et 7e arrondissements. Concernant la lutte contre les discriminations, l'Elysée doit montrer l'exemple, des contrats doivent être signés entre l'Etat et les entreprises, notamment pour recourir aux CV anonymes. J'ai rencontré des associations qui disent aux entreprises : proposez-nous vingt emplois, nous vous garantissons la formation, le niveau d'expérience et nous reprenons l'employé s'il ne convient pas. En échange, il sera issu des minorités. Depuis cinq ans, je tourne dans ces quartiers. Il y a là-bas une volonté énorme de créer des entreprises. Il faut l'aider.
Vous placez l’écologie à un rang élevé de vos préoccupations. Quelle est votre politique concernant l’énergie nucléaire ?
Je ne crois pas qu'on puisse réaliser les objectifs du protocole de Kyoto en faisant semblant de renoncer au nucléaire. La France n'y renoncera pas. Je me pose des questions à propos de l'EPR, sur lequel il n'y a pas eu de débat. Je ne suis pas absolument convaincu qu'on avait besoin de 3,5 milliards d'euros pour une unité d'énergie nucléaire en plus. Par ailleurs, beaucoup de gens, dont Nicolas Sarkozy, veulent privatiser Areva. Je suis contre, car la maîtrise de la technologie nucléaire doit rester du domaine de l'Etat.
Vous avez mis la dette au centre du débat. Pour la limiter, il faut réduire drastiquement les dépenses... C'est tout simplement indispensable, il n'y a aucun autre moyen. L'Etat doit être plus économe, les dépenses de l'Elysée baisseront de 20 %, car il faut montrer l'exemple. Les ministères, les cabinets, les directions centrales vont suivre. Je diminuerai les effectifs dans la fonction publique partout où je considère que ce n'est pas une action de terrain prioritaire. Pour l'Education nationale, je sais qu'on ne diminuera pas les effectifs, mais on les affectera mieux, on fixera ensemble des objectifs transparents pour chacun. Pour éviter les doublons, je vais fusionner les collectivités locales du département et de la région. Les élus travailleront avec une seule administration, ce seront les mêmes qui décideront de l'action sociale, de l'action économique. Sans que les départements disparaissent en tant qu'entités. C'est ainsi qu'ont procédé tous les pays qui ont réussi les réformes de l'Etat. La férocité n'est pas gage de réussite. Il faut travailler ensemble, pour que la France n'ait pas l'impression qu'on prend la moitié du pays pour taper sur l'autre. Regroupons-les dans la même maison pour qu'elles soient mieux gérées. Mais ce n'est pas la proposition de Sarkozy, c'est celle du gouvernement Villepin, de Borloo, tout le monde y a pensé. Il y a de très larges zones de consensus dans la société française.
Si vous êtes présent au second tour, comment allez-vous adapter votre discours selon que vous affrontez Sarkozy ou Royal ?
Je ne l'adapterai en aucune manière, ne comptez pas sur moi pour cela. Avec Nicolas Sarkozy, j'ai depuis longtemps une confrontation de projets, avec Ségolène Royal, j'aperçois moins son projet. Je ne changerai pas de vision, je suis là pour proposer aux Français de dépasser les vieux clivages, eux sont là pour les prolonger. Nous sommes dans une société en crise exceptionnelle, comme on n'en a pas eu depuis peut-être cinquante ans. Cela exige une réponse exceptionnelle, et cette réponse est de l'ordre de l'union nationale. En tout cas, autour d'objectifs de redressement du pays, concernant la dette, l'emploi, l'éducation, l'exclusion, l'Europe et l'environnement.
Tous les candidats parlent de redressement...
Oui, ils ont les mêmes objectifs, mais ils ne veulent pas travailler ensemble. Personne ne propose de supprimer les 35 heures pour revenir aux 39 heures, personne ne propose une régularisation automatique et générale des sans-papiers... Tout le monde est pour la régularisation par critères. Puisqu'il y a des objectifs conciliables sur un certain nombre de points, travaillons ensemble ! Jusqu'à maintenant, l'Etat s'est présenté comme le seul décideur, il décide et rien ne change. Il doit trouver face à lui une société civile organisée par laquelle remontent les informations et il doit être réactif. Il y a dans la société d'énormes marges de progrès sans dépenser un sou. Supprimons les cautions et les dépôts de garantie pour les logements et remplaçons-les par une assurance coûtant quelques euros par mois. D'un coup, vous soulagez des milliers de jeunes qui ont honte d'aller demander à leurs parents qui n'ont pas de sous. Ça ne coûtera pas un centime et ça peut créer des emplois.
Il reste un problème pour convaincre tout le monde : vous avez gouverné avec droite, et au cours de la campagne vous avez été rejoint par des candidats de droite : Corinne Lepage, Edouard Fillias. Recueilli par Frédéric Filloux et Arnaud Sagnard.
Je n'ai pas gouverné à droite, j'ai été il y a quinze ans dans une alliance du centre et de la droite. Et au bout d'un long travail de réflexion politique, j'ai conclu qu'il fallait que le centre soit autonome pour proposer un autre chemin au pays.
À cette occasion, l'UDF Sciences Po a voulu faire le point sur la construction européenne, sa crise et une possible relance, les responsabilités françaises dans un tel processus, avec l’eurodéputé UDF Jean-Louis Bourlanges, aussi Professeur des Universités à Sciences-Po. Entretien pas toujours optimiste mais honnête qui met en lumière les choix que nous devons faire en priorité. 
UDF ScPo: Pouvez-vous nous rappeler les grands principes qui ont permis de passer d’une simple CECA à une CEE, c’est-à-dire à un véritable marché commun ?
Jean-Louis Bourlanges : Il était convenu, en 1950, au moment où on a lancé la CECA, qu’il s’agirait d’un prototype et qu’il s’agirait d’étendre à de nouvelles compétences le bénéfice des institutions et procédures nouvellement créées. Dans les mois qui ont suivi le lancement de la CECA, on a tenté de faire une Communauté Européenne de la Défense, ce qui était sans doute ambitieux pour l’époque et qui a fini par échouer, le Parlement Français refusant en août 1954 de ratifier le traité de la CED. À ce moment-là, Italiens et Belges se sont efforcés de relancer la machine et d’imaginer une communauté qui serait moins ambitieuse en termes de politique étrangère et de défense mais plus ambitieuse que la CECA. L’idée du marché commun était née. À Messine, en juin 1955, on a confié à Paul-Henri Spaak le soin de réunir un groupe de travail chargé de faire des propositions. Ces propositions furent adoptées, ce qui a conduit à la signature du Traité de Rome le 25 mars 1957.
UDF ScPo : Est-ce que cela voulait dire que toute considération politique avait été abandonnée ? JLB : Non, je ne crois pas. Une anecdote illustre l’ambition des signataires du Traité. Après l’avoir signé, Paul-Henri Spaak a dit à Étienne Davignon, alors son collaborateur, « nous venons de reconstruire l’Empire romain !». Dès lors, on ne peut pas dire que l’idée n’était pas politique. Simplement, ce qu’on peut observer, c’est que, depuis le début, les Européens cherchent à bâtir une union qui tend à l’entente mais ne parviennent pas à la concrétiser pleinement. L’objectif est politique, les moyens sont économiques et l’ambition, à ce jour inassouvie, est de passer de l’économique au politique.
UDF ScPo : Cela se traduirait-il par une fédération européenne ? JLB : Toute la question est là. La construction européenne est très ambiguë, à la fois fondée sur un principe fédéraliste dans le domaine de la CEE avec des institutions supranationales très fortes et sur des principes intergouvernementaux, très classiques, dans les questions de politique étrangère. Certains États voudraient que l’on étende les principes fédéraux aux affaires étrangères et de défense – ils sont de moins en moins nombreux – mais la plupart des États estime que pour les affaires étrangères et de défense, seul un accord classique entre les gouvernements permet de fonctionner. Nous sommes donc en quelque sorte enlisés sur ce terrain-là.
UDF ScPo : Entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’UE, de la Slovénie dans la zone euro, présidence allemande, cinquantenaire du Traité de Rome, 2007 est une année résolument européenne. Le moment idéal de sortir de cet enlisement ?
JLB : Voilà autant d’indices d’une absence de résignation des peuples et des gouvernements européens à la dilution de l’idée européenne. Sommes-nous pour autant capables de relancer véritablement l’Union ? Avons-nous, les Vingt-Sept, les mêmes attentes, les mêmes espérances, en matière d’UE ? Ce n’est pas sûr. Certains y voient une zone économique de libre-échange ; d’autres, les plus pauvres, un instrument de solidarité et de réinsertion dans le monde libre ; les troisièmes, un instrument de présence internationale. Tout cela est très difficile à concilier et ces divergences de conception se reflètent dans une approche institutionnelle très contrastée. La Constitution ne représentait en vérité qu’une amélioration marginale des traités antérieurs, remettant à plus tard les grands choix (fédéralisme, frontières…). Il y a donc une tonne de malentendus qui empêchent effectivement une relance qui est, par ailleurs, désirée un peu partout.
UDF ScPo : Si la Constitution n’apportait que des améliorations marginales, pourquoi sa non-ratification bloque-t-elle tant cette relance ? N’est-ce pas, au final, qu’un prétexte ?
JLB : Si c’est un prétexte, nous autres, Français, n’étions pas obligés de le fournir ! Nous avons été ceux par qui le scandale est arrivé. La Constitution apportait des améliorations certaines au fonctionnement des traités antérieurs et donc de l’UE. Par exemple, elle permettait une prise de décision beaucoup plus facile au sein du Conseil des Ministres. Ce que marquent les non français et néerlandais, c’est le rejet, par ces deux peuples, d’un certain nombre de grands principes constitutifs de la Communauté européenne. Dans la campagne référendaire française, c’est le Traité de Rome (ouverture des frontières, concurrence non-faussée, dissociation du monopole et du service public) qui a été la cible de toutes les attaques. Le non français rejette plus que la Constitution. Il rejette le pacte fondateur de la communauté européenne. Or, sans la France, sans son rôle actif, il est très difficile d’imaginer une Europe qui fonctionne. Les pays peuvent se réunir, mais par sa responsabilité historique, par sa position géographique, par son rôle dans la construction européenne, la France est irremplaçable. Au-delà du prétexte, la décision française paralyse véritablement l’UE et cette situation n’est pas simplement conjoncturelle puisqu’elle est fondée sur une méfiance assez grande de l’opinion française par rapport à un certain nombre de grands principes européens.
UDF ScPo : Le 26 janvier, à Madrid, les 18 pays ayant ratifié la Constitution se sont rencontrés, sans la France. Doit-on y voir de lourdes conséquences pour la présence française dans l’UE ?
JLB : C’est un signe d’agacement à l’égard de la France mais cet agacement ne peut pas se transformer en une force d’alternative à la présence française. Une relance sans la France équivaut à pas de relance tout court ! Remarquons cependant que, bien qu’enlisée, l'UE n’est pas vraiment en crise puisqu’elle fonctionne cahin-caha sur la base du Traité de Nice. Nous sommes là dans une situation que des économistes comme Keynes qualifieraient d’un équilibre de sous-emploi.
UDF ScPo : Ne manquons-nous pas d’Européens convaincus, des Hugo, des Briand ou des Schuman ?
JLB : Si quelqu’un les a trouvés, qu’il me les présente !
UDF ScPo: À trop vouloir rationaliser l’Europe, avec trop de règles et d’institutions complexes, n’avons-nous pas fini par empêcher l’Europe de faire rêver les Européens ?
JLB : Les institutions n’ont jamais fait rêver personne mais, sans les institutions, le rêve ne peut pas se réaliser. C’est tout le problème : les institutions constituent le préalable au rêve.
UDF ScPo: Pensez-vous qu’il faille recourir à de nouveaux symboles (jour férié européen…) pour faire renaître le rêve ?
JLB : Je ne crois pas à toutes ces initiatives de communication ! L’Europe est malade, incertaine d’elle-même, de son identité, de ses missions, de ses institutions. Toute amélioration de la politique de communication ne pourrait être qu’un palliatif sans véritable efficacité. Ce qu’il faut absolument, c’est une solution politique de la crise actuelle.
UDF ScPo : À ce titre, la présidence allemande tombe bien. Mais n’est-ce pas un peu trop tôt ?
JLB : La présidence allemande fait ce qu’elle peut faire ! Madame Merkel a très clairement marqué sa détermination à avancer. Son travail n’est pas facile, pour des raisons de calendrier d'abord : la présidence allemande va s’achever au moment où l’hypothèque politique française sera levée par les élections; également pour des raisons de fond : comment faire avaler aux Français une Constitution qu’ils ont rejetée une fois ? Il est toutefois presque aussi difficile de demander à tous ceux qui ont ratifié le traité de se mettre d’accord sur un texte différent. Enfin, le Royaume-Uni acceptera difficilement quelque texte que ce soit. Dès lors, oui, l’Allemagne est à la peine.
UDF ScPo : Dans ce cas, ne faut-il pas renoncer à la Constitution et retomber dans un processus institutionnel plus modeste qui avait permis des avancées avec des traités comme Amsterdam ?
JLB : Ce processus a aussi permis une régression générale : le Traité de Nice ! En fait, il y a un vrai problème de rupture symbolique entre le peuple français et la construction européenne qui a résulté du référendum. En 1954, la crise était parlementaire. La solution a été parlementaire. Le traité CED a été rejeté par le Parlement, le Traité de Rome accepté par lui. Là, je doute fort qu’il soit possible de relancer la construction européenne sans l’adhésion du peuple français à l’initiative qu’on prendra. L'hypothèse d'un nouveau traité est cependant fragile car je ne crois pas que les Britanniques soient prêts à signer quoi que ce soit. Ils disent leur disponibilité éventuelle à signer un traité dans lequel il n’y aurait pratiquement rien. Ce serait donc un faux-semblant.
UDF ScPo : Au second trimestre 2008 débutera la présidence française de l’UE. Est-ce le moment d’être optimiste ?
JLB : Optimiste non, déterminé oui. L’essentiel, c’est de trouver les moyens de refonder le couple franco-allemand et de réparer dans l’opinion publique européenne les dégâts causés par le non français. La solution serait sans doute de se mettre d’accord avec les Allemands et avec d’autres sur un traité constitutionnel simplifié, débarrassé de toutes les références au contenu des politiques communes. Ce traité constitutionnel serait limité aux questions d’institutions et de procédures dans les termes du traité constitutionnel actuel. Les Français qui ont voté non seraient entendus puisque nous aurions purgé le texte de tous ses éléments de contenu, ce qui les inquiétait, tout en restant fidèles à ce qui compte dans le traité constitutionnel, aux changements effectifs qu’il introduit. Sur cette base, nous pourrions, avant même de signer, procéder, en France, à une consultation référendaire, sans valeur juridique mais à portée politique évidente, qui lierait le gouvernement. À ce moment-là, le peuple français serait à nouveau en phase avec les Allemands sur la relance institutionnelle. Mais ne nous faisons pas d’illusions ! Cela ne signifie pas pour autant que les autres, notamment le Royaume-Uni, accepteraient de nous suivre. En réalité, je crois que nous sommes condamnés au Traité de Nice pour très longtemps avec deux variantes : soit une France isolée, la situation actuelle, soit un système dans lequel la France est à nouveau au cœur du processus avec un couple franco-allemand qui fonctionne. C'est ce que François Bayrou appelle de ses vœux quand il envisage une Europe politique restreinte mais très intégrée articulée sur une zone de libre-échange juridiquement régulée.
Propos recueillis par Nicolas Vinci
