
Nous avions cru que les 7 millions de voix du premier tour constitueraient une force d'entraînement suffisante pour les élections législatives. N'était-ce pas la preuve la plus éclatante de l'existence d'un Centre indépendant ? Notre pari, celui d'accéder au second tour, était certes perdu; mais le score du 22 avril, l'un des plus élevés de notre famille politique, autorisait de grandes espérances.
Les revirements de la plupart de nos députés, et les incohérences de notre stratégie, ont fait fondre comme neige au soleil ce capital de voix.
Il ne s'agit pas d'accabler uniformément les cadres passés à la Majorité Présidentielle. Certains, à l'instar de Jean-Louis Bourlanges, manifestaient depuis longtemps une certaine distance vis-à-vis des choix de François Bayrou. Dans une interview au Figaro de mai 2006, le député européen n'avait pas masqué ses critiques, tout en réaffirmant sa fidélité au candidat. Jean-Louis Bourlanges a mené une campagne honnête, parfois réservée, mais jamais hypocrite.
Il n'en va pas de même pour Hervé Morin et Maurice Leroy. Passons sur le parcours politique chaotique du second, qui rend ses marchandages à l'UMP peu surprenants. Leur faute, à tous deux, est d'avoir soutenu avec acharnement l'idée d'un centre indépendant, pour se dédire éhontément dès la victoire de Nicolas Sarkozy acquise. Peuvent-ils réellement prétendre ne rien avoir vu venir ? Comme Jean-Louis Bourlanges, ils ne pouvaient ignorer la logique de notre positionnement : l'opposition à l'UMP, que celle-ci accède ou non au pouvoir. Alors pourquoi avoir surjoué leur soutien au candidat, s'ils en désapprouvaient la finalité ? Pour mieux se placer, et vendre leur peau plus chère ? Une chose est certaine : il faut bien peu d'amour-propre, pour tourner casaque aussi soudainement.
Que l'on se souvienne des images du Conseil national d'Issy-les-Moulineaux, en juin 2006 : Maurice Leroy debout au premier rang, criant et brandissant le poing vers Gilles de Robien, alors à la tribune... pour aujourd'hui le rallier. Besson, Séguéla, Morin, Leroy : la félonie semble très en vogue ces temps-ci, rue La Boétie - il est vrai que le chef avait montré l'exemple, autrefois.
Reconnaissons toutefois que la stratégie du siège prête à interrogations. Nous nous plaçons dans l'opposition, mais nous refusons tout accord avec le PS - pardon, nous ne serons pas dans l'opposition, puisque nous approuverons, quand cela nous semblera justifié, les propositions du gouvernement. Mais alors pourquoi "entrer en résistance" ? Il y a là quelque chose à trancher. Acceptons-nous d'être partie prenante de l'Opposition, ou non ? Si oui, alors tirons-en les conséquences, et nouons des accords avec la principale figure de cette opposition future, c'est-à-dire le PS. Ce choix est cohérent à un triple titre :
1) Si nous rejetons la ligne politique de l'UMP, nous pouvons certainement trouver des points de convergence avec le Parti Socialiste. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis, paraît-il.
2) Une alliance nous permettrait de "sauver les meubles" aux élections légisaltives. Car comment espérer jouer un rôle si nous sommes sous-représentés à l'Assemblée ? Sans accord, nous ne sommes rien.
3) Last but not least, le PS est sur la voie de la rénovation social-démocrate, ligne dont nous sommes très proche. En terme de courant de pensée, la convergence va donc de soi. Si nous refusons cet accord, nous serons balayés : l'identité social-démocrate - ou social-libérale - ira à celui qui disposera des armes les plus fortes pour la défendre, c'est-à-dire le PS.
Il ne s'agit pas de quitter un vasselage pour en embrasser un autre. Si l'UMP menotte sévèrement les députés de son futur pôle centriste "indépendant" (rires), le PS n'est pas assez dominant pour nous imposer de pareilles conditions.
Et il n'y rien de honteux à conclure ce genre d'accord; il s'agit d'aller au bout de notre logique, et de se donner les moyens de défendre efficacement les convictions qui sont les nôtres.
Xavier Bouvet.
NB : Ceci est une tribune libre, indépendante des positions adoptées par l'UDF Sciences Po.
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