Dimanche 24 décembre 2006
Réponse à l’article de Bruno Cruchant.
Vous avez sûrement lu dans le dernier numéro de « Parlons-en », le mensuel de l’UMP Sciences Po, un article à l’humour décapant comparant, de façon assez malheureuse, François Bayrou à Don Quichotte. Je me permets donc de répondre à cette critique virulente, pour ne pas dire un peu insultante, du candidat du centre.
Tel Don Quichotte, Bayrou se prendrait pour le héros du peuple, chevalier servant digne d’une chanson de geste. L’accuser de populisme me semble bien facile, et quelque peu déplacé de la part d’un supporter de Sarkozy ! Est-ce être populiste que de dire que les médias favorisent le bipartisme ? Il n’y a qu’à voir le journal des grandes chaînes télévisées, et le martèlement constant : Sarkozy-Royal, Royal-Sarkozy…. C’est un fait ! Et cela se comprend très bien ! Il est beaucoup plus facile pour les médias de se focaliser sur une opposition entre deux partis et deux candidats. Cette opposition est frontale, et donc facile à transcrire. L’un est un libéral, l’autre se préoccupe du social, l’un est le candidat des riches, l’autre la candidate des pauvres …. Tout est simplifiable à l’extrême ! Dès lors, un candidat que se place entre les deux partis brouille ce schéma. N’est-il donc pas plus facile de l’exclure, de l’oublier ?
Sauf, bien évidemment, quand il décide d’élever la voix. Il devient alors le trouble-fête, anti-démocratique, et donc proche de Lepen ! Car critiquer les médias, c’est être contre la liberté de la presse et contre la démocratie !
Mais peut-on encore parler de liberté de la presse quand on sait, par exemple, que Serge Dassault a pris le contrôle à 80% de
la Socpresse , deuxième groupe de presse français. Lors de cette prise de contrôle, le Nouvel Observateur avait déjà dénoncé « une collusion entre les grands intérêts financiers et les médias qui n’apparaît nulle part aussi criante qu’en France ».
Le populiste excite les craintes des Français sans raison véritable. Est-ce le cas de François Bayrou ? N’y a-t-il pas un problème d’objectivité de la presse en France ? Là est la vrai question !
Les regrets, les craintes que Bayrou exprime face à une élite « politico médiatique » sont avant tout celles des Français. Il ne s’agit pas de les conforter dans leur colère et de l’instrumentaliser, mais d’appeler ces élites à prendre en compte cette colère des Français !
Il est facile de se bander les yeux et de se boucher les oreilles. Mais jusqu’à preuve du contraire, les Français sont encore souverain. L’absence de proportionnelle aux élections législatives joue se rôle de filtre des « colères » des citoyens. Mais les Français souhaitent se faire entendre ! Et ils le font ! En votant pour les extrêmes lors de l’élection présidentielle qui, étant la seule élection proportionnelle, fait office de défouloir !
Alors, peut-on blâmer Bayrou de dire se malaise des Français ? Est-ce en n’en parlant pas que l’on soigne les maux de la démocratie ?
Comme Don Quichotte, Bayrou sort donc de son Béarn natal pour porter la colère d’une partie de
la France qui se sent oubliée et manipulée. Mais c’est aussi ce que pensent faire, à leur manière, M.Sarkozy et Mme. Royal ! A chacun ses oubliés, à chacun son « quichotisme » !
D’ailleurs, comparer François Bayrou à Don Quichotte, comme tu le fais, est plutôt flatteur pour notre candidat ! Pourquoi cette vision si négative de Don Quichotte ! Tu le traites d’idéaliste. Mais oui, il est idéaliste, et encore heureux ! Sous-entends-tu qu’à l’UMP vous n’avez pas d’idéaux ? Vous êtes des « realpolotiker », des gestionnaires du court terme, dépourvus de vision d’avenir ?
Je ne pense pas que Bayrou soit le seul idéaliste de la vie politique française, et tant mieux !
Du reste, je ne peux qu’espérer que François Bayrou marque la vie politique française comme Don Quichotte a marqué la littérature mondiale ! Après tout, peut-être que Bayrou et Don Quichotte ont en commun ce génie des révolutions douces. Don Quichotte fut le premier roman au monde, Bayrou sera-t-il le premier président français à mettre en place un gouvernement de coalition ?
Enfin, avant de terminer cet article, j’aimerais faire remarquer que dans notre journal nous évitons autant que possible d’attaquer de façon trop personnelle ou trop insultante les autres candidats. Cherchez bien, vous ne trouverez pas de pseudo insultes à l’égard de Mme Royal ou de M. Sarkozy. C’est peut-être pour ça que l’UDF est souvent accusée de mollesse ! Mais si être « ferme » c’est oublier le débat politique pour se lancer dans l’invective, alors restons dans notre « centre mou » ! Nous n’avons pas besoin de taper sur les autres candidats pour affirmer notre différence ! Et dans une école comme Sciences Po, je pense qu’il serait bien venu d’élever le débat au niveau des idées !
Adrienne BROTONS
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