"Etre de droite ou de gauche, c'est être hémiplégique", Pierre Desproges
Rien ne va plus au centre, c'est la débâcle ! Hier, un attrait exponentiel, une popularité grandissante, une troisième place sur le podium présidentiel. Aujourd'hui, une pâle figure, décomposée et inanimée. Le centre n'est plus ce qu'il était. Hier un rêve d'union, une ferveur partagée, un projet alternatif. Aujourd'hui, un silence assourdissant. Blessé, trahi, l'animal Bayrou rechigne à passer devant les caméras, il s'isole dans le cocon protecteur de sa fidèle amie, Marielle de Sarnez, et s'excentre, à Pau, pour retourner aux sources et panser ses plaies.
Le centre aujourd'hui, cela ressemble également à l'un de ces trop nombreux jeux télévisés. Le président de l'UDF avait annoncé "une traversée du désert" à ses fidèles "bédouins". Mais les députés, les sénateurs et les élus locaux, attachés à l'ancienne UDF, à son ancrage giscardien au centre-droit et à la paisible atmosphère d'un parti de cadres provinciaux, n'étaient pas d'accord. Trop vieux, ils n'auraient donc pas, comme les jeunes militants, "toute la vie devant eux" pour prendre le temps de construire sur la longue durée, un mouvement démocrate ? Peut-être. Les uns après les autres, Cavada le dernier, ils ont coupé la corde qui les tenait attachés au premier de cordée et ont demandé à partir. Oui, depuis six mois, l'UDF joue à "Je suis une célébrité, sortez-moi de là".
De fait, le centre est en proie à une violente crise existentielle. Certes, il n'est pas le seul. Le parti socialiste traverse une passe délicate et l'on n'y communique plus guère que par livres interposés, alors que la démocratie participative, où l'on se dit tout, même si l'on a rien à dire (les mythiques soirées télévisées de l'an passé en sont la preuve), était censée être la force d'un parti rénové. Il est vrai qu'un parti qui publie est aussi un parti qui réfléchit, c'est une excellente chose, mais elle est insuffisante et ne peut pas devenir une alternative à une solide et soudée équipe de direction.
Le PS, le MoDem et le Nouveau centre ont au moins un point commun: la tentation de l'existentialisme. Peinant à se définir, puisque les "recettes du passé" ne sont plus au goût du jour, ils veulent agir pour exister. Comme Sartre, dans l'Existentialisme est un humanisme, ils veulent croire que "la seule chose qui permette à l'homme d'exister, c'est l'acte". Alors que faire pour montrer que l'on existe quand on n'a pas de moyens (financiers dans le cas du Nouveau Centre, intellectuels dans le cas d'un MoDem sans parlementaires) de s'affirmer ? Il ne reste qu'à contester pour se faire remarquer. Au MoDem, on ne se veut ni à gauche, ni à droite, on rechigne à soutenir Sarko, on accuse les Nouveaux centres de traîtres et on compte les morts. Quand les réformes sont nécessaires, comme la réforme des universités ou celle des retraites, on ne se mouille pas, on ne se prononce pas ou peu, alors qu'au fond, on les soutient largement, en se contentant de condamner les blocages et de plaindre les Français qui "sont pris en otage" par les grévistes. Au Nouveau Centre, on ne veut pas être assimilés avec la "bande à Bayrou" et l'on soutient Sarkozy sans se mouiller.
Or, qu'en résulte-t-il ? Une déplorable image de centre mou, couard, un révolté muet qui ne se définit que par ce qu'il n'est pas (ni à gauche ni à droite) et néglige de mettre en avant ce qui lui est propre. On dénonce les failles du système. Fort bien, elles méritent de l'être ! Mais ce ne doit être qu'une étape dans la conquête des esprits ! Il faut mettre en avant nos idées, nos propositions, enfin nos "valeurs"- puisque ce terme est à la mode. Humanisme, pluralisme, construction européenne, régime parlementaire, économie libérale et société méritocratique: voilà ce en quoi nous croyons ! Il faut le mettre davantage en avant. Michel de Serteau l'écrivait sur les déboires de Mai 68: "c'est un devoir aussi que penser".
En ce sens, le Congrès des 1er et 2 décembre derniers a marqué une étape importante dans la restructuration de notre famille politique, car ce congrès, et l'idée même de Mouvement démocrate, manifestent la volonté du centre d'exister "en soi" et non par rapport aux autres tendances politiques. “Il faut sortir de la seule désignation géographique (le centre) et nommer ce projet, non pas en référence à ses concurrents de droite et de gauche, mais lui donner son véritable nom, démocratie, lui rendre ses racines dans la grande famille démocrate qui va nécessairement s’organiser dans le monde en concurrence avec les néo-conservateurs et avec l’internationale socialiste", écrit ainsi François Bayrou dans la revue Commentaire.
La tentation de l'existentialisme, nous l'avons dit, n'est donc pas suffisante pour permettre à notre famille politique de se définir et de se donner une raison d'être. Il faut penser et puiser dans le passé proche, ou plus ancien, ce qui fait la force de notre mouvement, et le mettre en avant. L'excès inverse serait de se replier dans une langueur passéiste, effrayée par les défis de l'avenir. Reprenons à notre compte la phrase de René Char, "notre héritage n'est précédé d'aucun testament". Voyons clair également ! Discernons les forces et les faiblesses des propositions de "troisième voie", car ces forces et ces faiblesses sont multiples. Et avec John F. Kennedy, rappelons- nous que "le vrai politique est celui qui sait garder ses idéaux tout en perdant ses illusions".
Cette année est essentielle, car elle est un tournant, qu'il s'agit de prendre en douceur. Animer une association centriste à Sciences Po n'a de sens que si l'on réfléchit et défend les idées qui sont les nôtres, car les hommes et les partis évoluent et s'opposent sans qu'il n'en ressorte pour l'heure rien de bon. Débattre, publier, convaincre, militer, et faire germer le désir d'engagement pour une "troisième voie", réfléchie, jeune et dynamique. Voilà toute la raison d'être de MoDem & Centriste. Il en est encore temps, rejoins- nous !
Vous pouvez télécharger tous nos numéros de Balle au centre :
Présidente
Retraites, personnes agées
Environnement, développement durable
Exclusions, logement
Ecole, université, recherche
Agriculture
Moeurs
Entreprise
Institutions, VIe République
Fiscalité
Immigration
Egalité des chances, banlieues
Relations internationales
Minima sociaux
Europe
Justice
Interessant ! Est ce que François Bayrou en a connaissance ? ^^
Cherry Etoile LRT
http://lucbinsinger.free.fr
Nous vous y attendons nombreux!
Prochaine étape, jeudi 20 décembre, au siège du MoDem, au 133 bis rue de l'Université.
Si vous n'avez pas la possibilité de vous rendre au siège, une procuration peut-être donnée. N'hésitez pas à nous contacter pour toute information.
Pour donner procuration, il suffit :
- d'un mot manuscrit de votre part donnant procuration à une personne donnée
- d'une copie de votre carte d'identité
- d'une copie de votre carte d'adhérent MoDem